Analyse

Sélank et Sémax : quelle différence

Deux peptides russes que l'on cite toujours ensemble : même longueur, mêmes gouttes nasales, molécules d'origine différentes. D'où vient chacun, pour quoi il a réellement été étudié et jusqu'où porte une autorisation russe.

PeptideWiki Editorial~9 min

Pourquoi on les confond

Sélank et Sémax viennent du même endroit — l'Institut de génétique moléculaire de l'Académie des sciences de Russie — et, vus de l'extérieur, ils sont bâtis pareil : sept acides aminés, la même queue Pro-Gly-Pro en fin de chaîne, des gouttes nasales, un enregistrement russe. La ressemblance s'arrête là.

Leurs molécules d'origine diffèrent. Sélank est issu de la tuftsine, le court peptide immunitaire Thr-Lys-Pro-Arg. Sémax vient d'un fragment de l'hormone adrénocorticotrope : en termes de séquence, ACTH(4-7) avec la même Pro-Gly-Pro ajoutée — la littérature, comme notre propre fiche, le décrit comme un analogue du fragment ACTH(4-10). Dans les deux molécules, la queue remplit une seule fonction : elle rend le peptide bien plus difficile à dégrader. Ce que la molécule fait ensuite dépend de sa tête, et les têtes ne se ressemblent pas.

D'où une conséquence simple : « lequel est le plus puissant » n'est pas une question à laquelle ce duo peut répondre. Ce qui se compare, c'est l'indication étudiée, la forme pharmaceutique et le volume de données derrière chacun.

Sélank et Sémax : six caractères côte à côte
CaractèreSélankSémax
OrigineAnalogue de la tuftsine (Thr-Lys-Pro-Arg) plus Pro-Gly-ProFragment ACTH(4-7) plus Pro-Gly-Pro, sans l'activité stéroïdogène de l'ACTH
Classe dans la ficheAnxiolytique avec une composante immunomodulatriceNootrope et neuroprotecteur
Ce que décrit le mécanismeTonus GABAergique, métabolisme de la sérotonine, BDNF, enzymes dégradant les enképhalines, immunomodulation par la tuftsineInduction du BDNF, récepteurs mélanocortines MC3R et MC4R, renouvellement de sérotonine et de dopamine, voies antioxydantes
Ce qui a été étudié chez l'humainTrouble anxieux et neurasthénie : comparaison randomisée face au médazépam chez 62 patientsAVC ischémique aigu, atrophie du nerf optique, ulcère gastroduodénal — études cliniques menées en Russie
Forme et voie d'administrationVoie intranasale, gouttes à 0,15 %Voie intranasale, gouttes à 0,1 % et à 1 % — deux médicaments distincts dans des flacons semblables
Statut réglementaireAutorisé en Russie, sans ordonnance depuis 2017 ; nulle part ailleursAutorisé en Russie, en Ukraine et en Biélorussie ; hors CEI, non autorisé

Sélank : un anxiolytique bâti sur un peptide immunitaire

La fiche décrit Sélank comme un heptapeptide anxiolytique de synthèse : le noyau tuftsine porte l'activité immunitaire, la Pro-Gly-Pro ajoutée porte la stabilité — et avec elle des propriétés anxiolytiques et nootropes que la tuftsine native n'a pas.

Comment son action est expliquée

Les mécanismes sont écrits comme étudiés, non comme acquis. Le tonus GABAergique augmente indirectement — par inhibition de la GABA-transaminase et par une sensibilité accrue du récepteur GABA-A — et non par potentialisation directe du récepteur comme le font les benzodiazépines. À côté : métabolisme de la sérotonine, expression accrue du BDNF, inhibition des enzymes qui dégradent les enképhalines et immunomodulation par le noyau tuftsine.

Ce qui a été testé chez l'humain

L'étude clinique centrale est une comparaison randomisée face au médazépam dans le trouble anxieux et la neurasthénie : 62 patients sur 14 jours, dont 30 sous Sélank. L'effet anxiolytique s'est révélé comparable à celui de la benzodiazépine, sans sédation, sans émoussement cognitif et sans syndrome de sevrage. La publication n'indique aucun délai d'action ; nous n'en avançons donc aucun.

Où les données s'arrêtent

Le sevrage de l'alcool et de la morphine relève d'études chez le rat ; aucun essai chez l'humain n'a été publié pour ces états. La « neuroprotection » repose sur un seul travail animal où le Sélank intranasal a augmenté le BDNF dans l'hippocampe du rat : aucune publication ne montre de réduction des lésions neuronales en cas d'ischémie ou d'excitotoxicité. Quant à l'usage injecté qui circule en ligne, il ne repose sur rien : Sélank n'a été enregistré et testé que sous forme de gouttes.

Sémax : un nootrope au passé d'AVC

Avec Sélank, Sémax partage la queue stabilisatrice et rien d'autre. Sa tête vient de l'ACTH, ce qui lui donne une autre pharmacologie — avec une absence assumée : il n'agit pas sur le récepteur surrénalien MC2R et ne produit donc aucune hausse mesurable du cortisol.

Comment son action est expliquée

Le mécanisme principal de la fiche est l'induction du BDNF : l'expression de l'ARNm dans l'hippocampe et le cortex augmente de deux à cinq fois via le promoteur de l'exon IV du gène. Autour : les récepteurs mélanocortines MC3R et MC4R, un renouvellement accru de sérotonine et de dopamine, des voies antioxydantes et anti-apoptotiques, et une activation microgliale réduite.

Ce qui a été testé chez l'humain

La Russie autorise Sémax pour trois indications distinctes : AVC ischémique aigu (la solution à 1 %), atrophie du nerf optique et ulcère gastroduodénal. Les études sur l'AVC décrivent une régression plus rapide du déficit neurologique, mesurée sur des critères cliniques et électrophysiologiques — non sur des mesures d'imagerie du volume de l'infarctus. Notre fiche ajoute un point : dans les données russes regroupées, le bénéfice apparaît dans les AVC modérés et sévères, pas dans les AVC légers.

Où les données s'arrêtent

L'usage le plus connu — « pour la mémoire et l'attention » — est le moins étayé. Une revue décrit un Sémax qui stimule la mémoire de travail et l'attention chez l'humain, mais aucun essai contrôlé chiffrant cet effet n'a pu être localisé. Pour le TDAH, il n'existe aucun essai clinique, seulement un article d'hypothèse de 2007. Dans un modèle de maladie de Parkinson chez le rat, aucun effet significatif sur le comportement moteur ; et les résultats en neurodégénérescence relèvent du niveau cellulaire et de l'in vitro.

Qui a été étudié pour quoi

Si l'on ramène les deux fiches à un paragraphe, le partage est net : Sélank a été étudié là où la plainte principale est l'anxiété, Sémax là où le tissu cérébral ou le nerf optique est lésé. Ils se recoupent sur le BDNF et sur le mot « nootrope » — et c'est ce recoupement qui fait naître la question « lequel prendre ».

  • Trouble anxieux et neurasthénie — le terrain de Sélank. Une comparaison face à une benzodiazépine existe ; il y en a une.
  • AVC aigu, séquelles de lésions vasculaires, atrophie du nerf optique — le terrain de Sémax, où il détient une autorisation et des travaux cliniques.
  • Mémoire, attention, « productivité chez une personne en bonne santé » — revendiqué pour les deux et étayé pour aucun : aucun essai n'a administré de dose à un adulte sain pour l'effet cognitif.
  • Sport : Sélank ne figure pas sur la Liste des interdictions de l'AMA. Sémax n'a pas de décision propre — il partage son origine avec l'ACTH, et l'ACTH elle-même est interdite en catégorie S2. C'est une incertitude, pas une autorisation.

Les chiffres de posologie des deux fiches consignent ce que décrivent les notices et les études, non ce qu'il faudrait prendre. Une différence pratique pèse plus que les autres : Sélank n'a qu'une concentration, 0,15 %, tandis que Sémax en a deux — 0,1 % et 1 % — dans des flacons semblables, et leurs quantités quotidiennes diffèrent d'un facteur de plusieurs dizaines. Les confondre n'est pas une erreur de pourcentage, mais de multiple.

Ce qu'aucun tableau ne montre

Les deux fiches s'appuient surtout sur la littérature russe. Les publications clés sont parues en russe, les échantillons se comptent en dizaines de patients et presque rien n'a été répliqué hors de Russie. L'enregistrement de Sélank, comme le note notre section posologie, tient sur 30 patients traités, comparés à un autre médicament plutôt qu'à un placebo, publiés une fois.

Il existe une vérification faisable en une minute : chercher l'un ou l'autre nom dans ClinicalTrials.gov ne renvoie aucune étude de ces peptides — les rares correspondances appartiennent à des travaux étrangers au sujet. Cela ne prouve pas que les composés ne font rien. Cela montre précisément où passe la limite des données disponibles.

Une autorisation dans un pays est un fait sur une autorité, pas sur la solidité des preuves. Elle dit qu'un dossier a été accepté ; elle ne remplace pas des études répétées.

Comment distinguer le préclinique du clinique, lire des fourchettes de doses et ne pas prendre un ton assuré pour des données : c'est traité à part dans comment lire les données sur les peptides.

En bref : la liste du lecteur

  • Vérifiez de qui vient l'autorisation derrière le statut : pour les deux, elle est russe.
  • Comparez les indications, pas la puissance : l'anxiété pour Sélank, l'AVC et le nerf optique pour Sémax.
  • Avec Sémax, lisez toujours la concentration : 0,1 % et 1 % sont deux médicaments différents dans des flacons semblables.
  • Rappelez-vous que « la mémoire chez une personne en bonne santé » n'a été testée pour aucun des deux.
  • Ne transposez pas un schéma nasal aux injections : pour les injections, il n'y a pas de données.
  • En sport : Sélank n'est pas listé par l'AMA et le statut de Sémax n'est pas tranché, ce qui n'équivaut pas à autorisé.

Caractère par caractère, les deux fiches se répondent sur la page Sélank et Sémax. Les analyses complètes se trouvent dans les fiches Sélank et Sémax.

Sources

Les études primaires et les registres qui soutiennent ce qui précède. Les deux peptides sont documentés surtout dans des revues russophones, et cela fait aussi partie du tableau.

  1. 01
    PubMed : Sélank dans le trouble anxieux généralisé (2008)

    la comparaison randomisée face au médazépam dans l'anxiété et la neurasthénie ; publication en russe.

  2. 02
    PubMed : Sémax aux différents stades de l'AVC ischémique (2018)

    l'étude clinique qui soutient l'indication AVC.

  3. 03
    PubMed : tout ce qui est publié sur Sélank

    l'ensemble des travaux, surtout animaux et cellulaires.

  4. 04
    PubMed : tout ce qui est publié sur Sémax

    la même vue pour le second peptide.

  5. 05
    ClinicalTrials.gov : recherche Semax

    le registre international des essais : aucun n'y est enregistré sous ce nom.

  6. 06
    Registre national des médicaments de Russie

    c'est là que se vérifie l'enregistrement russe : forme, indications et conditions de délivrance.

  7. 07
    Liste des interdictions de l'AMA

    la liste en vigueur des substances interdites et de leurs catégories.